Sport de haut niveau

Des sportifs racontent leur parcours

Publication : 27 juillet 2021

Ils ont choisi de faire du sport à haute dose et le sport les a choisis ! Quatre sportifs et sportives de haut niveau en basket, football, judo et volley nous racontent leur parcours, les entraînements, les montées d'adrénaline, les moments difficiles et leurs projets pour après. Top départ !

Téa Cléante 14 ans

« Travailler plus pour aller plus haut ! »

Enfant de la balle, Téa vient d’intégrer le pôle France de l’Insep en basket à tout juste 14 ans. La jeune femme dribble au quotidien entre sa vie de collégienne et celle de meneuse en Nationale 1.

Comment bascule-t-on dans le haut niveau ?

Fille de basketteurs professionnels, Téa commence le basket à 3 ans. Au collège, elle entre en section sportive scolaire tout en étant licenciée au club de Dunkerque. En 4e, elle intègre le pôle Espoirs de Wattignies et un nouvel établissement scolaire à Lille. Puis lors d'un tournoi, le tournoi des Demoiselles, à Bourges, réservé aux équipes internationales féminines de la catégorie U15, l’Insep la détecte. En 3e, Téa quitte donc le Nord pour Paris et le pôle France à l’Insep. "Pour la première fois, je porte le maillot de l’équipe de France et chante la Marseillaise avant le match. Ça n’arrive pas tous les jours... Ce moment restera gravé dans ma mémoire !"

À quoi ressemble une journée type ?

Les journées sont bien remplies ! La joueuse se lève à 7 h pour aller en cours de 7 h 55 à 10 h 35. Elle enchaîne avec l’entraînement de 11 h à 13 h, puis repart étudier de 14 h 30 à 16 h 15. "Je retourne au gymnase de 16 h 30 à 18 h, ensuite détente et dîner puis, le soir, je suis l’étude de 20 h 30 à 21 h 45." Au programme, endurance et régularité, donc. "Je rentre dans le Nord uniquement pendant les vacances scolaires."

Le plus difficile ?

La transition entre le pôle Espoirs et le pôle France niveau Nationale 1 en 15-17 ans. "On a des joueuses plus expérimentées en face de nous, et non plus les filles de notre âge qu’on dominait jusqu’ici. Les coachs en attendent beaucoup plus, car nous représentons le potentiel de notre génération. Ils sont plus stricts sur le terrain. Les passes approximatives, par exemple, ne sont plus permises." Quant au fait de vivre loin de ses amis et de sa famille, Téa "gère", d’autant que l’ambiance entre les filles à l’Insep est plutôt bonne. "Puis j’appelle régulièrement mes copains et mes proches."

Facile de concilier collège et compétitions ?

"Oui, même si parfois c’est fatigant", reconnaît la meneuse. Au pôle France, tout "monte d’un cran", car la concurrence est plus forte. Mais la jeune fille est portée par la compétition. "J’ai toujours envie de gagner, aussi bien en match qu’à l’entraînement. Je sais qu’il faut travailler toujours plus pour aller plus haut." Côté cours, elle apprécie l’étude le soir, car cela l’oblige à réviser les cours régulièrement.

Et après ?

Téa aimerait exercer dans le sport et, si possible, dans le milieu du basket, comme kinésithérapeute ou journaliste.

Un conseil ?

"Ne rien lâcher." Écouter les conseils du coach, rester plus longtemps aux entraînements, même si c’est dur par moments. "Physiquement, les jambes font mal, et mentalement, les entraîneurs nous poussent au maximum, mais il faut en passer par là pour y arriver."

Sarah-Léonie Cysique 22 ans

« C'est rassurant d'avoir un projet professionnel en parallèle. »

15 ans après être montée sur son premier tatami, la judokate Sarah-Léonie entre à l’Insep. Le tout en ayant un pied dans une grande entreprise pour assurer ses arrières. De quoi se donner toutes les chances pour préparer les grandes échéances. Mission accomplie, puisqu'elle décroche une médaille d'argent aux JO de Tokyo !

Comment gravir les échelons jusqu’au haut niveau ?

Pour Sarah-Léonie, comme pour beaucoup de jeunes talents, le parcours se dessine au fur et à mesure, à force d’endurance, d’assiduité et de passion. La judokate intègre le pôle Espoirs de Reims alors qu’elle est en 3e, puis le pôle France de Strasbourg en 1re avant de pousser les portes de l’Insep. "On gagne des compétitions progressivement. Les cadres sportifs nous repèrent puis nous proposent d’aller chaque fois encore plus haut."

Difficile de concilier parcours d’études et parcours sportif ?

Grace aux aménagements mis en place, la judokate n’a pas de mal à suivre son double parcours. Au collège, en pôle Espoirs, elle quitte l’école plus tôt pour aller à l’entraînement. Au lycée, au pôle France, elle passe son bac général en 3 ans, 18 mois en 1re et 18 mois en terminale. "En arrivant à l’Insep, j’ai apprécié que la structure sportive et l’université soient sur place, car cela évite de courir partout en ville, comme c’était le cas à Strasbourg", reconnaît-elle.

La reconversion, on y pense ?

Oui, la sportive de haut niveau l’a anticipée, après avoir arrêté sa licence STAPS, qui ne l’intéressait pas. "La Fédération de judo m’a proposé d’intégrer le dispositif athlètes SNCF en signant un contrat d’insertion en tant qu’agent d’escale. C’est rassurant d’avoir un projet professionnel à long terme pour pouvoir se concentrer sur sa carrière sportive."

Un pied sur le podium, un pied en entreprise : grand écart ?

"Non, je suis détachée exceptionnellement pour la préparation aux JO cette année. Sinon, je dois travailler 50 jours par an, soit 1 jour par semaine au minimum." Sarah-Léonie apprend à s’adapter à d’autres codes, au travail d’équipe entre collègues, à l’interaction avec le client. Puis elle aime changer d’environnement, avoir d’autres discussions que celles liées au sport.

Qu’est-ce qui fait vibrer le plus ?

"La compétition ! Être la plus forte de ma catégorie, en France puis à l’international." À l’Insep, c’est un autre mode de vie, on entre dans la cour des grands.

Et après ?

"J’espère concourir aux trois prochaines olympiades. Professionnellement, la SNCF connaît mes attentes : devenir agent de sureté cynophile (avec un chien), car je rêve depuis toute petite de travailler avec des animaux." Sarah-Léonie se formera en ce sens après sa carrière de judokate.

Nathan Biteau 21 ans

« Le mental est aussi important que la forme physique. »

Rester motivé et savoir décompresser : deux règles qu’applique Nathan pour conserver son maillot de joueur en Nationale 1 au REC Volley 35 à Rennes et celui d’étudiant en 2e année de licence en droit et sciences politiques.

Comment passe-t-on du volley loisir au haut niveau ?

Pour Nathan, tout a décollé grâce à deux coachs dans son club de Coutances qui l’ont préparé en classe de 3e à intégrer le pôle Espoirs de Dinard. "En plus des trois entraînements par semaine, je venais le mercredi pour travailler la régularité des passes, la vision du jeu, les tactiques propres à mon poste de passeur, celui par qui passe la construction du jeu." Visant un niveau encore plus haut, le jeune Normand active son réseau, envoie des vidéos, se fait repérer lors de matchs tests et finit par intégrer le club professionnel REC Volley 35.

À quoi ressemble une journée type ?

À un ballet entre entraînements et études : réveil vers 8 h 30, travail personnel jusqu’à 11 h, séance de musculation jusqu’à 12 h 30, déjeuner et révision, cours à la fac à 14 h puis entraînement de 16 h 30 à 18 h 30, soit en jeu collectif, soit en technique. "J’ai trois séances de musculation par semaine et deux entraînements par jour, matin et après-midi. Le soir, je me repose ou je bosse mes cours si je suis en examen."

Le plus difficile ?

Garder la motivation pour suivre les cours à la fac n’a rien d’une évidence pour Nathan qui a la sensation d’être laissé en roue libre. "Entre deux entraînements, on n’a pas le temps de décompresser et je suis souvent fatigué."

Les meilleurs moments ?

Le volley ! Pour sa forte valeur collective. "C’est l'un des seuls sports collectifs où les exploits individuels n’ont pas leur place. Tous les joueurs comptent pour gagner, car toute action nécessite la participation d’au moins trois joueurs."

Une idée reçue ?

Nathan entend souvent dire que les sportifs de haut niveau ne sortent jamais avec les copains. "Eh bien si ! On se retrouve après les matchs le samedi soir pour se détendre. La santé mentale est au moins aussi importante que la santé physique."

Un conseil pour conjuguer performance sportive et scolaire ?

Pour le volleyeur, l’enjeu est de trouver l’équilibre, subtil, entre études et compétitions. "Il faut s’aménager des plages horaires de décompression, sinon le double cursus devient contre-productif à la longue. Cela passe par la famille et les amis pour ma part." L’étudiant a aussi fait un choix d’études assez éloignées du sport, les sciences politiques, pour s’assurer "une respiration".

Et après ?

Nathan aimerait partir aux États-Unis suivre un master en relations internationales dans une équipe universitaire de volley-ball. "Là-bas, le niveau de jeu est élevé et les infrastructures sont de grande qualité." Côté vie professionnelle, il sait juste qu’il ne veut pas travailler dans le milieu du sport.

Guillaume Quellier 35 ans

« Sportif pro ou chef d'entreprise, il faut aimer la compétition. »

Sur la pelouse, Guillaume, alors footballeur professionnel à Caen, côtoie et affronte des joueurs de stature internationale. Depuis, il a troqué son maillot contre un tablier de boulanger-pâtissier. Un modèle de reconversion réussie.

Comment naît la passion pour le football ?

Guillaume chausse ses premiers crampons en club à 6 ans. Le jeune Normand est détecté à 11 ans par l'ASPTT de Caen, club de haut niveau à l'époque, et se met à concilier sport et études. En classe de 2de, il est recruté par le stade Malherbe de Caen, puis rejoint l'équipe de France des moins de 16 ans. En terminale, il signe un contrat élite de 5 ans en équipe de France et empoche un bac général en vue de présenter médecine… en vain. "Avec des entraînements tous les jours jusqu'à 20 h, des matchs le samedi ou le dimanche, pas facile de se mettre à étudier à 21 h."

Le plus beau souvenir ?

Guillaume en a trois : une sélection en moins de 20 ans aux Jeux de la francophonie au Niger, sa première entrée en Ligue 1 contre Auxerre à Caen et un match contre Marseille au stade Vélodrome sous les couleurs caennaises.

À quel moment la carrière prend fin ?

Après plusieurs blessures. "Mon corps a dit stop, peut-être que le niveau était trop haut pour moi. Je devais surjouer sans arrêt." Le milieu de terrain est prêté au club de Reims, mais enchaîne avec une rupture des ligaments croisés. Retour à Caen, qui descend en Ligue 2. Guillaume n'a pas joué de l'année, arrive en fin de contrat et ne retrouve pas de club. À 24 ans, il doit penser à une reconversion. Ce sera la boulangerie.

Comment passe-t-on du ballon rond à la baguette ?

Avec deux oncles pâtissiers, le fournil, il connaît. "J'entre en formation durant 6 mois pour apprendre les rudiments du métier de boulanger-pâtissier et de l'entrepreneuriat, avant de reprendre une affaire dans ma région normande." Chef d'entreprise depuis 9 ans, l'ancien milieu de terrain encadre aujourd'hui dans sa boulangerie une équipe de 12 "titulaires" et 14 apprentis. Ses compétences sportives l'aident à assumer sa nouvelle casquette. "Dans les deux cas, il faut de la rigueur, beaucoup de travail, le goût pour la compétition, la communication et l'esprit d'équipe."

Un conseil ?

Pour "garder le rythme des matchs" et progresser, Guillaume recommande de cumuler du temps de jeu dans un niveau inférieur. Son autre conseil : continuer ses études. "Lorsqu'on est pris dans l'action et qu'on a du succès, on n'a pas envie d'aller à la fac après l'entraînement. Mais quand vient le temps de se reconvertir, moralement, il n'est pas facile de se retrouver sans rien, alors qu'on a été mis sur un piédestal."

La nostalgie du vestiaire par moment ?

Le boulanger a essayé de remettre le maillot, mais ses "vieux démons de la blessure" l'ont rattrapé et il manque de temps. Il se lève à 2 h du matin et travaille 14 h par jour. Pas évident, dans ces conditions, d'aller s'entraîner le soir. "Je n'ai aucun regret. Je suis heureux dans ma vie actuelle et fier d'avoir connu le sport de haut niveau." À chaque fois, une histoire de passion !